Impact socio-économique des usages du vélo en France

Depuis la crise sanitaire de 2020, le vélo a changé de dimension en France. La fréquentation des aménagements cyclables a bondi de 37 % entre 2019 et 2023, la part des Français pédalant au moins une fois par semaine a doublé en dix ans pour atteindre 24 % en 2024, et le vélo à assistance électrique a profondément transformé les usages et les marchés. Cette dynamique appelait une mise à jour rigoureuse des données disponibles.

Mesurer ces évolutions suppose des outils de comptage fiables et déployés à grande échelle. Les éco-compteurs installés sur les aménagements cyclables — qu'ils soient fournis par des acteurs comme Eco-Compteur, Kiomda, Metrocount ou d'autres opérateurs — constituent la colonne vertébrale de cette observation. C'est à partir de leurs données agrégées que l'étude a pu établir des tendances nationales robustes.

C'est dans ce contexte que l'ADEME a commandité une étude approfondie, confiée à explain et à 6-t bureau de recherche. Le travail s'est organisé en trois volets complémentaires : l'analyse des pratiques (enquêtes ménages, comptages, focus territoriaux, tourisme), le décryptage de l'économie de la filière (production, distribution, réparation, location, cyclologistique, tourisme, aménagements), et la monétisation des externalités (santé, environnement, congestion, attractivité territoriale).

explain a contribué notamment aux estimations sur la cyclologistique, aux analyses territoriales de réduction de la congestion — dont le cas de Toulouse avec 440 000 véhicules-kilomètres évités par jour — et au traitement des données OpenStreetMap et Geovélo pour suivre l'évolution du réseau et du stationnement cyclable. L'étude s'appuie sur un croisement de bases de données nationales (EMC², ONISR, INSEE, Eurostat) et de sources sectorielles (France Vélo, Union Sport et Cycle, Vélo & Territoires), garantissant une robustesse méthodologique inédite.

Le rapport final de 248 pages a été publié en 2025 sur la librairie de l'ADEME.

Téléchargez le document ici

Objectifs clés

Actualiser la connaissance — La précédente étude de référence datait de 2020. Cinq ans après le tournant de la crise sanitaire, il était nécessaire de disposer de données fiables reflétant la réalité d'un marché, de pratiques et de politiques publiques profondément transformés.

Quantifier l'ensemble de la filière — Au-delà de la vente de vélos, l'étude vise à capter l'ensemble des activités économiques liées au vélo : réparation, location courte et longue durée, tourisme à vélo, cyclologistique, aménagements cyclables, emplois associatifs et solidaires.

Monétiser les externalités positives — Santé, environnement, congestion, bruit, attractivité immobilière, accès à l'emploi : l'étude traduit ces bénéfices souvent qualitatifs en valeurs économiques comparables à celles de l'automobile, pour rendre les arbitrages publics plus lisibles.

Proposer des outils de pilotage — L'étude ne se limite pas au diagnostic. Elle formule un cadre d'indicateurs de suivi des politiques cyclables, utilisables à toutes les échelles territoriales, pour aider les décideurs à piloter leurs investissements dans la durée.

Comparer la France à l'Europe — Situer la France dans le contexte européen (8 % de part modale en moyenne en Europe contre 3 % en France en 2019) permet de mesurer l'écart à combler et d'identifier les leviers les plus efficaces.

Bénéfices

Une filière économique de pleine dimension. Le marché de la vente de vélos neufs, pièces et accessoires représente plus de 3,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2024, dominé à 58 % par les VAE. La location publique (VLS et longue durée) génère environ 167 millions d'euros par an. La réparation, forte d'environ 5,9 millions d'interventions estimées en 2024, représente 113 millions d'euros et plus de 7 000 emplois équivalents temps plein. La cyclologistique emploie plus de 20 000 ETP pour les seules plateformes, et près de 200 entreprises spécialisées réalisent 85 millions d'euros de chiffre d'affaires hors courrier postal. Au total, la filière recense environ 64 000 ETP selon l'enquête emploi France Vélo.

Un tourisme à vélo moteur de développement local. La France est la 2e destination mondiale de vélotourisme, avec l'ambition affichée de devenir la première d'ici 2030. Sur les huit grands itinéraires étudiés (Vélodyssée, Loire à Vélo, ViaRhôna, etc.), les cyclotouristes dépensent en moyenne 64 euros par jour. Les retombées cumulées dans les seules régions Grand Est, Normandie et Bretagne dépassent 144 millions d'euros par an.

Des bénéfices sanitaires majeurs et documentés. En 2019, la pratique du vélo aurait permis d'éviter 1 919 décès prématurés et près de 6 000 maladies chroniques en France. Les cyclistes réguliers présentent en moyenne 15 % d'arrêts maladie de moins que les non-pratiquants. Le gain net d'espérance de vie lié à la pratique régulière est estimé entre 3 et 14 mois — largement supérieur aux risques associés aux accidents ou à l'exposition à la pollution.

Un levier puissant contre la congestion urbaine. À Toulouse, le report modal observé entre 2013 et 2023 a permis d'éviter environ 440 000 véhicules-kilomètres par jour, soit un gain collectif de 12,5 millions d'euros par an et plus de 6 500 heures de congestion supprimées quotidiennement. Ce résultat a été calculé par explain sur la base des données EMC² du Cerema.

Un impact environnemental sans commune mesure avec la voiture. Les émissions de GES liées à la production et à l'usage du vélo sont estimées à 9 800 tonnes de CO₂e par an, contre 89 millions de tonnes pour la voiture particulière — soit un impact plus de 9 000 fois supérieur pour l'automobile. Le coût social total du vélo lié aux émissions atteint 2,5 millions d'euros par an, contre 35 milliards d'euros pour l'automobile.

Un investissement public nettement sous-valorisé. Les collectivités dépensent environ 58 euros par vélo et par an en faveur du vélo (aménagements, aides à l'achat, réparation). La puissance publique investit environ douze fois plus dans la voiture que dans le vélo — un écart qui rend lisible le potentiel d'impact des politiques cyclables à financement marginal.

Un réseau en forte expansion. Le linéaire d'aménagements cyclables a atteint 86 600 km en 2025, soit une hausse de 14 % par rapport à 2022. Les places de stationnement vélo ont progressé de 44 % sur la même période, notamment sous l'impulsion du décret LOM sur les gares.

Conclusion

Cette étude s'impose comme la référence francophone sur l'impact socio-économique du vélo. Elle offre à toutes celles et ceux qui portent des politiques cyclables — élus, techniciens, associations, entreprises — un socle argumentaire solide, chiffré et territorialisé. Elle montre que le vélo n'est pas simplement un mode de transport alternatif : c'est une filière économique structurée, un outil de santé publique, un levier de désengorgement urbain et un marqueur d'attractivité territoriale. En co-réalisant cette étude pour l'ADEME, explain confirme son expertise dans la production de connaissances au service de la mobilité durable et de la prise de décision publique.

Client
ADEME (Agence de la transition écologique)
Année
2026
No items found.

Join a team expert and committed

Explain is a demanding, caring team, and always curious to welcome new profiles. Do you want to learn, transmit and have a real impact on the mobility of tomorrow? Let's talk about it.

Text Rotate
Background Image